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Le Binge drinking touche l'ensemble des
pays européens. Même s'il s'agit
du même phénomène, il existe
des déclinaisons nationales tant sur la
conceptualisation que sur les modalités
de prise en charge. À travers la description
de la situation dans deux pays, l'Allemagne et
les Pays-Bas, nous essayerons de dégager
quelques pistes pour l'action.
Les jeunes face
à l'alcool en Allemagne
Dans les hôpitaux allemands, le nombre
d'admissions pour intoxication à l'alcool
a plus que doublé entre les années
2000 et 2006, passant de 9 500 à 19 500.
Le pourcentage d'adolescents ayant expérimenté
le binge drinking dans le mois est passé
de 20 % en 2005 à 26 % en 2007. Cette augmentation
brutale a de regrettables conséquences
sur la santé des adolescents. En plus des
troubles du comportement connus liés à
l'alcool (conduites automobile et sexuelles à
risque), il faut y ajouter les risques dus au
mode de consommation, c'est-à-dire l'intoxication
massive avec, dans de nombreux cas, un coma éthylique
(fausse route, étouffements voire arrêt
cardiaque). En Europe, 10 % des accidents mortels
chez la jeune fille et 25 % chez le jeune garçon
sont liés à l'intoxication à
l'alcool.
Une étude a été réalisée,
en 2006, par le ministère fédéral
sur cinq cents adolescents admis dans les services
d'urgences. Celle-ci a pu mettre en évidence
des motivations de consommation très diverses.
Dans certains cas, l'ingestion massive d'alcool
sert comme passe-temps pour lutter contre l'ennui.
Dans d'autres cas, la prise d'alcool s'articule
autour de paris et de jeux ; elle peut servir
de rituel de passage pour appartenir au groupe.
Enfin, il existe une alcoolisation pour oublier
les problèmes et notamment ceux en rapport
avec la pression scolaire et le contexte familial.
Pour la grande majorité des jeunes, cette
étude pointait une grande naïveté
et une inconscience des risques liés à
l'alcool.
Les alcoolisations massives ne se font plus dans
les bars et les discothèques, où
le prix jouait un rôle de facteur limitant,
mais dans la rue, les gares et les parcs. Les
alcools forts sont achetés en grande surface
et directement consommés à la bouteille.
Les " cuites " se font en dehors de
tout contexte social ou culturel. Seule compte
la dynamique du groupe. Les produits consommés
sont essentiellement des alcools forts, majoritairement
de la vodka. Cette consommation chez les adolescents
n'est pas chronique, avec phénomène
d'entraînement dans un contexte socioculturel
bien déterminé, mais bien une prise
massive à visée de défonce.
Elle se rapproche en cela de ce qui peut s'observer
chez les adultes grands marginaux.
Face à cette situation, plusieurs programmes
de prévention et de repérage précoce
ont été mis en place. Parmi ceux-ci,
le programme HaLT : Hart am Limit (" Stop
: c'est la limite ") s'est montré
particulièrement intéressant. Celui-ci
consiste en un repérage des consommateurs
excessifs au moment de l'hospitalisation dans
le service des urgences. Le repérage se
fait par le médecin urgentiste ou une autre
personne des urgences qui, lorsqu'elle constate
une alcoolisation massive chez un adolescent,
peut faire appel à un intervenant extérieur
qui rencontre le jeune directement.
Une discussion sur les dangers de l'alcool et
ses risques est entamée avec l'adolescent.
La famille est aussi rencontrée pour évoquer
l'épisode, le replacer dans le contexte,
trouver des solutions pour que cela ne se reproduise
pas. Une proposition de réunion de groupe
est aussi faite à l'adolescent. Celle-ci
aura pour objectif de responsabiliser le jeune,
d'évoquer les situations à risque.
Les entretiens motivationnels sont utilisés
lorsqu'il y a lieu, afin de questionner les comportements
à risque.
Le programme permet aussi de recueillir des informations
sur les comportements. Ainsi, il a pu mettre en
évidence :
- un âge de plus en plus précoce
des consommations ;
- un phénomène qui touche l'ensemble
de la population des jeunes qu'ils soient diplômés
ou non ;
- des alcoolisations qui se font dans les lieux
publics dans la moitié des cas, au domicile
des parents dans un quart des cas ;
- dans une majorité des situations, les
jeunes ne sont pas issus de foyers où père
et mère habitent ensemble.
Le travail avec les jeunes (partie réactive)
s'articule avec un travail dans la commune (partie
proactive). Cette dernière partie consiste
en des actions avec des experts de prévention,
dans l'objectif de former le personnel de vente
dans les magasins, les responsables des fêtes
dans les communes, etc. L'objectif est de faire
respecter la loi de protection des jeunes, comme
par exemple l'interdiction de vente d'alcool aux
mineurs. Cela souligne pour les tenants du programme
l'importance de l'intervention auprès des
familles, la nécessité d'avoir une
action sur les lieux publics, et l'importance
de cibler le public jeune, voire très jeune.
Le programme de prévention
néerlandais
Les Pays-Bas se situent en tête des pays
d'Europe en matière de binge drinking.
Des années 1960 aux années 1980,
la consommation d'alcool pur est passée
de 2,6 à 8,9 litres par an et par habitant.
Actuellement, deux mille cinq cents personnes
(NDLR : pour 16 millions d'habitants) décèdent
directement ou indirectement des suites de la
consommation d'alcool1. Dans le pays,
les problèmes dus à l'alcool sont
majoritairement le fait de prises aiguës
; de type " scandinave ", comme le disent
les Néerlandais (en France, nous les qualifierions
plutôt d'" anglo-saxon ").
L'alcoolisation nocive concerne surtout les jeunes
: 34,1 % des hommes âgés entre 16
et 24 ans sont considérés comme
des buveurs problématiques contre 10 %
chez les 16-69 ans. Beaucoup de ces jeunes arrêteront
de consommer une fois arrivés à
l'âge adulte. Cependant, prédire
l'arrêt et le moment de l'arrêt paraît
aléatoire et ne doit en rien empêcher
les mesures d'urgence. Pour les Néerlandais,
les raisons qui poussent un jeune à boire
sont multifactorielles, leur modèle de
compréhension du phénomène
est intégratif, incluant plusieurs théories.
Selon ces modèles, les facteurs de risques
conduisant à l'abus d'alcool sont à
la fois individuels et liés à l'environnement.
Sur le plan individuel : certains individus
supportent moins bien l'alcool pour des raisons
génétiques, ce qui les protège
d'ingestions " excessives ". Les croyances
dans les effets bénéfiques de l'alcool
jouent un rôle majeur dans la décision
de boire, surtout en " début de carrière
". La perception des risques, au contraire,
dissuadera l'adolescent d'entrer dans cette "
carrière ".
Au niveau de l'environnement : la différence
entre garçons et filles peut s'expliquer
par les normes de consommations différentes
selon les sexes. Les parents semblent être
le déterminant majeur, non pas sur l'expérimentation
mais sur la pérennisation de la conduite
d'alcoolisation. C'est la cohérence de
leurs pratiques parentales plus que l'exemplarité
de leur comportement vis-à-vis de l'alcool
qui sera le facteur protecteur. Enfin, toute la
culture liée à l'alcool, à
savoir celle des pairs, des prix et du groupe
va jouer un rôle non négligeable.
Les mesures vont être multifocales, à
l'image de la représentation théorique
des facteurs influençant la consommation
d'alcool. Ainsi, au niveau national, quatre actions
vont être promues :
- la législation et l'autorégulation.
Les Pays-Bas font la distinction entre les différents
alcools : ceux à moins de 15 % et ceux
à plus de 15 %. Ainsi, il faut avoir plus
de 16 ans pour acheter les premiers, plus de 18
ans pour les seconds ;
- l'information et l'éducation au travers
des médias avec une campagne centrée
sur les parents ;
- les actions de prévention locales ;
- la multiplication des interventions précoces
et brèves.
Le programme Drank maakt meer kapot dan je
lief is (" La boisson te détruit
plus que tu ne le crois ") est une réponse
à ce cahier des charges. Il va cibler trois
populations : les adolescents qui ne boivent pas
encore, ceux qui sont dans des conduites de binge
drinking, et les adultes jeunes en demande
d'aide. Il se décline sur trois axes.
- La stratégie d'information auprès
du grand public : l'objectif est de fournir à
l'ensemble de la population les données
acquises de la science en matière d'alcool
et de facteurs de risques. Un des vecteurs utilisés
est le site web www.alcoholinfo.nl
- L'aide à la prise de conscience :
il s'agit de sensibiliser le jeune et l'entourage
(les parents et les intervenants des champs sanitaire,
social et politique locaux) aux problèmes
liés à l'alcool. 17 % seulement
des jeunes ayant des conduites d'abus d'alcool
demandent de l'aide et ils ne sont que 3 % à
franchir la porte d'un centre spécialisé.
L'attitude des parents est fondamentale. Ce sont
souvent eux qui fournissent les locaux où
les adolescents s'adonnent à des beuveries,
voire financent l'achat d'alcool. Ils le font
par méconnaissance du produit et des effets
chez le jeune, et par difficulté à
trouver des pratiques parentales adaptées.
Plus que d'un jugement, c'est d'aide dont ils
ont besoin. Cette aide sera fournie au moyen de
campagnes de sensibilisation et l'organisation
de conférences-débats sur tout le
territoire. Des stratégies d'interventions
brèves auprès des jeunes binge drinkers,
notamment via Internet, sont à l'étude.
- L'identification des groupes cibles pour
cerner les objectifs à atteindre. Il
s'agit de rencontrer les jeunes consommateurs
par différents moyens, dont Internet, pour
faciliter les discussions et les groupes de parole.
L'objectif est d'acquérir une meilleure
connaissance des motivations de consommations
ainsi que des trajectoires.
Établir le
contact, très tôt
L'alcoolisation massive chez les jeunes, voire
les très jeunes, est un phénomène
en pleine expansion. Ces prises d'alcool semblent
se faire hors des circuits traditionnels, c'est-à-dire
en dehors des bars et des discothèques.
Les causes de ce phénomène sont
multifactorielles et sont à rechercher
dans l'environnement écologique de l'adolescent.
Une des difficultés premières est
de pouvoir accéder à ces jeunes.
Ils ne sont demandeurs de rien et n'entrent en
contact avec le système de soin que lors
d'un accident grave.
Plusieurs pistes sont ainsi à l'étude.
L'une consiste à entrer en contact au moment
d'une crise nécessitant un passage aux
urgences, l'autre s'attelle à utiliser
des relais comme Internet ou les médias
pour sensibiliser non pas seulement le jeune mais
surtout l'entourage, qui pourra porter la demande.
Tous sont d'accord sur la nécessité
de soutien envers les parents. Ce sont eux les
plus à même d'entrer en contact,
de porter la demande d'aide, de trouver les solutions
adéquates avec leur enfant.
D'après les interviews de Madame Heidi
Kuttler, directrice du centre de prévention
Villa Schöpflin, dans le Land de Bade-Wurtemberg,
en Allemagne, et initiatrice du projet "
HaLT : Hart am Limit ", et de Monsieur
Victor Everhardt, responsable du département
recherche et prévention sur l'alcool et
les drogues au Trimbos Institute d'Utrecht, aux
Pays-Bas.
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