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Comment aborder la question de la sexualité
en milieu scolaire ? Dans le système fédéraliste
suisse, l'éducation sexuelle est du ressort
des cantons. La couverture de l'éducation
sexuelle en Suisse est multiple : chacun des vingt-six
cantons a son propre plan d'étude spécifiant
les objectifs généraux de prévention.
Deux grands modèles sont mis en uvre
: le modèle alémanique et le modèle
romand (Suisse francophone), qui est exposé
ici. Le modèle alémanique est dit
" interne " : c'est l'enseignant, en
primaire et en secondaire, qui se charge de dispenser
le cours d'éducation sexuelle.
Dans le modèle romand, dit " externe
", ce sont des professionnels extérieurs
ayant suivi une formation de deux ans qui viennent
dans les classes. En Suisse romande, un plan-cadre
supra-cantonal a été mis en place
et stipule pour la première fois que l'éducation
sexuelle doit être obligatoire à
l'école de 6 à 15 ans. Les cours
d'éducation sexuelle, selon la conception
romande, se basent sur l'interactivité
avec la classe, son contenu évolue notamment
en fonction des questions posées par les
élèves. Un certain nombre de thématiques
sont abordées constamment, notamment les
changements pubertaires, les relations affectives
et sexuelles, la contraception et la grossesse,
la prévention des infections sexuellement
transmissibles et des abus sexuels. Ces thématiques
sont en lien avec des compétences à
promouvoir, telles que l'estime de soi, la faculté
d'opérer des choix, le respect d'autrui,
l'esprit critique, en particulier par rapport
à la sexualisation médiatique. Les
parents sont associés à cette démarche
d'intervention en classe. Chaque fois qu'il y
a un cours d'éducation sexuelle, ils sont
invités à une soirée au cours
de laquelle ils peuvent discuter avec un professionnel
qui présente le programme et ses objectifs.
Ensuite, les parents peuvent demander que leurs
enfants ne participent pas à ce cours.
Même si cette possibilité leur est
offerte, très peu de parents la demandent.
Dans ce modèle romand, un diplôme
en santé sexuelle a été mis
en place en partenariat entre les institutions
universitaires, les organismes de formation continue
et les organisations cantonales d'éducation
sexuelle et de planning familial ; ce partenariat
est coordonné par des associations professionnelles1.
Les éducatrices2 et formatrices
en éducation sexuelle sont diplômées
à l'issue d'une formation théorique
(sexologie, sociologie, psychologie, droit, éthique)
et pratique de deux ans.
Se baser sur les
questions des élèves
Ce sont les questions anonymes des élèves
qui permettent à l'éducatrice de
construire la leçon. Chaque question reçoit
une réponse qui est en général
issue d'une discussion interactive entre les élèves
eux-mêmes et entre les élèves
et l'éducatrice. Les cours d'éducation
sexuelle suscitent une réflexion a posteriori
qui peut faire naître des interrogations
bien après le passage de l'éducatrice.
C'est pourquoi, à la fin de la leçon,
ils sont informés des différents
services d'aide tels que les services de planning
familial, la médecine scolaire, les antennes
de prévention sida et le site Internet
Ciao. Ces services sont présentés
et les prestations qu'ils offrent décrites.
Ces adresses permettent aux élèves
d'aller chercher des informations précises
et personnelles au moment où ils en ont
besoin. Enfin, les éducatrices mettent
souvent à disposition des élèves
deux brochures sur la sexualité des filles
et des garçons, réalisées
par les antennes sida, les services d'éducation
sexuelle et les centres de planning.
Par ailleurs, dans le cadre de ce même
programme d'éducation sexuelle, les établissements
peuvent faire appel à des interventions
menées par les " antennes sida ",
qui permettent d'aborder le parcours de vie d'une
personne séropositive, laquelle vient témoigner
dans une classe. En général, l'enseignant
n'est pas présent et les élèves
peuvent, en toute confiance, poser un grand nombre
de questions sur le VIH/sida et la séropositivité.
Cette expérience est très appréciée
et de nombreuses écoles demandent chaque
année ces témoignages. L'idée
est de parler du VIH/sida de manière à
éviter sa normalisation.
Pour revenir au cadre général de
l'éducation sexuelle, le rôle des
parents est primordial, notamment jusqu'à
l'adolescence. Les parents sont intégrés
et sollicités pour accompagner l'enfant
et le jeune dans son éducation sexuelle.
Mais il ne suffit pas de faire de l'éducation
sexuelle en milieu scolaire, il faut un relais,
une accessibilité aux centres de santé,
d'où le rôle important joué
par les centres de conseil, de consultation, notamment
les centres de planning familial, les antennes
prévention sida et des consultations spéciales
jeunes, notamment dans deux hôpitaux, à
Genève et à Lausanne. Ces consultations
sont adaptées spécifiquement pour
l'accueil des jeunes.
Suisse romande
et alémanique : deux modèles
d'éducation avec leurs limites
Le modèle d'éducation à la
sexualité en milieu scolaire de la Suisse
romande présenté ci-contre a des
avantages et des inconvénients, tout comme
l'autre modèle, développé
en Suisse alémanique. Très schématiquement
: le modèle alémanique (éducation
à la sexualité dispensée
par les enseignants) pose problème car
de nombreux enseignants n'ont pas les compétences
ni les ressources pour mettre en place un cours
d'éducation sexuelle qui réponde
aux besoins des élèves. Pour remédier
à ces lacunes, l'Office fédéral
de la santé publique ainsi que certains
cantons en Suisse alémanique mettent en
place des mesures pour améliorer la formation
(initiale et continue) des enseignants.
Le modèle de la Suisse romande présente
aussi des limites résultant de la fréquence
de ses interventions ponctuelles. En effet, les
élèves participent à un cours
d'éducation sexuelle environ tous les deux
ans dès leur première année
d'école. Entre-temps, naturellement, de
multiples questions se posent alors que l'éducatrice
est absente, ainsi cela peut se traduire comme
autant d'occasions manquées d'aborder le
thème. La discontinuité de cette
offre éducative rend nécessaire
une bonne coordination de tout le corps enseignant,
qui doit être à même de répondre
aux différentes demandes soit en les problématisant
avec les élèves, soit en les aiguillant
vers une offre externe (visite au centre de planning
familial avec la classe, conseil personnalisé
chez l'infirmière scolaire ou dans un centre
de conseil spécialisé, orientation
vers des sites Internet adaptés, etc.).
Éducation
sexuelle de qualité pour tout élève
En conclusion, le modèle d'éducation
à la sexualité présent en
Suisse romande - intervention de professionnels
extérieurs formés - a des avantages
et des inconvénients, tout comme son pendant
alémanique, dans lequel ce sont les enseignants
qui interviennent (voir encadré).
À noter que la combinaison des deux modèles
est de plus en plus présente en Suisse
alémanique. Dans tous les cas, et quel
que soit le modèle utilisé, professionnels
et autorités travaillent sur un objectif
commun : que chaque élève, en Suisse,
puisse bénéficier d'une éducation
sexuelle de qualité, intégrant tant
une vision positive de la sexualité qu'une
prévention des risques (IST y compris VIH/sida,
grossesses non désirées, abus sexuels).
À cet effet, un centre de compétence
national en éducation sexuelle a été
mis en place en 2003 (Amorix) par deux organisations
non gouvernementales (ONG) - la Fondation suisse
pour la santé sexuelle et reproductive
(PLANeS) et l'Aide suisse contre le sida - et
financé par l'Office fédéral
de la santé publique. Ce centre de compétence,
actuellement géré par la Haute École
pédagogique de Lucerne (Suisse alémanique),
est en train de promouvoir les formations, de
base et continue, pour les enseignants en Suisse
et particulièrement en Suisse alémanique,
où le rôle des enseignants est prédominant.
Leur travail devrait s'améliorer grâce
à une meilleure préparation à
la mise en place du cours d'éducation sexuelle.
Mais beaucoup reste à faire : les deux
modèles prônent le rôle de
l'un de ces deux acteurs alors que les avantages
et les inconvénients montrent bien que
les deux types sont essentiels pour répondre
aux besoins des élèves. En 2008,
la garantie pour un élève de participer
à une éducation sexuelle comprenant
à la fois les aspects affectifs et sexuels
n'est pas satisfait pour l'ensemble de la Suisse,
et c'est ce défi qu'il faudra relever durant
la prochaine décennie en promouvant largement
l'échange d'expériences et l'évaluation
des différents modèles mixtes.
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