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Depuis deux ans, la commission santé du
comité local d'insertion du canton de Quettehou,
dans le département de la Manche, expérimente
la construction d'une démarche participative
en santé via des rencontres entre les professionnels
de la santé et du social, d'une part, et
la population, d'autre part. Cette commission
réunit une vingtaine d'acteurs locaux :
assistantes sociales, médecin, infirmières
puéricultrices, conseillers d'insertion,
animateur RMI, animateurs socioculturels, chargée
de mission programme départemental d'insertion/
Praps, psychologue, chargés de projet en
éducation pour la santé, représentants
des usagers, membres actifs d'associations de
solidarité. Ils sont mandatés par
différentes institutions (MSA, Ddass, conseil
général, Cram, CPAM, secteur de
santé mentale). Le comité départemental
d'éducation pour la santé (Codes)
de la Manche, antenne du comité régional
d'éducation pour la santé de Basse-Normandie,
accompagne ce groupe avec ses compétences
en méthodologie de projets participatifs.
Ce canton rural du Nord Cotentin compte environ
dix mille habitants. Il est caractérisé
par des transformations du monde de la pêche
et du monde agricole avec un impact fort sur les
réseaux locaux de solidarité. Il
fait face à des besoins spécifiques
connus par les institutions et portant notamment
sur l'amélioration de la démographie
médicale.
Porte-à-porte
Entre février 2005 et mars 2006, les membres
de la commission ont souhaité croiser ces
besoins avec ceux perçus par la population.
Ils se sont alors préparés à
dialoguer avec les habitants pour mieux comprendre
la dynamique communautaire du canton : à
quelles occasions les habitants se rencontrent-ils
? Dans le cadre de quels réseaux ? Qu'est-ce
qui leur donne envie de se déplacer ? Quelles
sont leurs préoccupations de vie quotidienne
?
Des membres volontaires de la commission se sont
lancés dans une première phase de
mobilisation. Ils ont sonné à la
porte des gens qu'ils connaissaient pour leur
expliquer la démarche et leur donner envie
de venir à une première rencontre.
À partir de là, deux groupes ont
été constitués, l'un accueillant
des
adolescents, l'autre des mères de famille
et des jeunes femmes.
Trois rencontres ont eu lieu avec une quarantaine
d'adolescents dans le cadre de ciné-débats.
Cette méthode consiste à organiser
des soirées d'échanges avec les
jeunes à la suite du visionnage d'un film
négocié avec eux et en lien avec
des préoccupations de vie quotidienne.
Les jeunes ont pu dialoguer avec des professionnels
de la santé et du social sur différents
sujets : violence, sexualité, dépendances.
Ils ont souligné l'importance d'échanger
et de dialoguer à partir de questions de
santé sur un autre mode que celui du transfert
d'informations. De leur côté, les
animateurs ont été surpris par l'expression
de ces jeunes et leur capacité à
dire ce qu'est pour eux une relation de qualité
entre jeunes et adultes. Aujourd'hui, cette action
orientée sur le développement des
compétences psychosociales se poursuit.
Groupes de dialogue
Par ailleurs, six rencontres ont eu lieu avec
une vingtaine de mères de famille et de
jeunes femmes. Ces temps ont été
animés et régulés par deux
professionnels de la santé et du social
avec le soutien du Codes. Basées sur l'échange,
le questionnement et l'écoute, ces rencontres
ont permis de mieux comprendre les processus d'isolement
et d'ennui, et d'identifier les ressources à
développer pour les dépasser. Le
plus souvent en situation de précarité,
ces femmes ont d'abord exprimé une souffrance
qualifiée par elles d'isolement : comment
bien vivre avec ses enfants dans une société
axée sur la consommation ? Comment supporter
le regard des autres sur soi ? À quoi bon
aller à l'extérieur quand personne
ne vous attend ? Dans un second temps, les participantes
ont exprimé des idées portant notamment
sur la mise en place des temps réguliers
destinés à faciliter la vie relationnelle
entre habitants du territoire. Une dernière
rencontre a permis aux animateurs de restituer
une synthèse des échanges. À
partir des besoins et ressources, habitants, professionnels
et bénévoles ont constitué
un groupe promoteur destiné à développer
cette action de promotion de la santé.
Il s'agit d'un cycle de rencontres mensuelles
ouvertes à tous sur des sujets de vie quotidienne
: la construction des habitudes alimentaires dans
la famille, l'accès aux ressources du territoire,
le renforcement des relations de voisinage, le
développement des compétences psychosociales.
Les professionnels de la santé et du social,
habitués à une prise en charge individuelle
basée sur le binôme problème/solution,
ont expérimenté une logique participative
et collective. Dans ce cadre, la population devient
partenaire et ne constitue plus un objet d'intervention.
Le Codes a accompagné ce nouveau positionnement
en aidant à l'animation des rencontres
et à la régulation des inquiétudes
des professionnels : comment construire une posture
d'animateur d'un groupe d'expression ? Jusqu'où
questionner les pratiques individuelles ? Comment
gérer les tensions dans le groupe ? Comment
prendre du recul par rapport à ce que les
professionnels savent des situations individuelles
? Comment travailler en symétrie avec les
usagers ? Des modifications des représentations
sont également nécessaires du côté
des habitants car, le plus souvent, ils ne sont
pas habitués à sortir des cadres
classiques de l'intervention sociale et médicale.
Cette action de promotion de la santé
poursuit une logique complémentaire par
rapport à un suivi individualisé
ou à une programmation sociale descendante.
Orientées en santé communautaire
et en développement local, ces dynamiques
favorisent l'activation de capacités relationnelles
collectives profitables aux populations. Mais
la participation ne se décrète pas,
elle se construit selon des processus et une méthodologie
spécifiques. C'est le rôle des professionnels
de la promotion de la santé d'accompagner
ce mouvement.
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