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C'est une maison orange où l'on vient
à pied. Le Centre d'accueil de soins et
d'interventions thérapeutiques pour adolescents
(Casita), plus communément appelé
la Maison des adolescents d'Avicenne, à
Bobigny (Seine-Saint-Denis), est situé
dans l'enceinte de l'hôpital du même
nom. C'est un pavillon aisément accessible,
convivial et qui tranche avec l'ambiance hospitalière
traditionnelle. Ouverte en octobre 2004 et dirigée
par le professeur Marie-Rose Moro, chef du service
psychopathologie d'Avicenne, la Maison accueille
des adolescents et jeunes adultes de 12 à
21 ans, habitant à Bobigny ou dans les
communes limitrophes. Une expérience originale
d'écoute et de suivi psychologique. L'accueil
s'effectue dans une ambiance musicale et des bandes
dessinées sont à portée de
main. L'endroit est chaleureux même si le
cadre est un peu désuet : " Certains
ados commencent par dire que c'est moche et que
cela ressemble à une maison de retraite,
puis il y prêtent moins attention ",
relate le docteur Benoît Dutray, jeune pédopsychiatre,
coordinateur du lieu. Le visiteur se sent en tout
cas en dehors de l'institution hospitalière.
" L'accès indépendant sur
la ville permet d'accueillir des patients que
la structure hospitalière rebute ",
confirme un membre de l'équipe d'accueil.
Avicenne s'est inspirée d'une autre Maison
des adolescents, celle du Havre, qui ressemble
à toute autre maison dans la ville ; d'où
l'installation dans ce pavillon.
Lieu d'accueil et
de suivi
La Maison est à la fois un lieu d'accueil,
de consultations et de soins. " Nous sommes
ici dans un service ambulatoire et il n'y a donc
pas de lits. L'équipe d'accueil et de soins
est pluridisciplinaire ", poursuit ce
professionnel. Elle est constituée de médecins
psychiatres et pédiatres, de psychologues,
d'infirmières mais aussi d'éducateurs
spécialisés, d'assistantes sociales,
de juristes, soit au total une quinzaine d'intervenants.
La Maison travaille en lien avec le service de
consultation voisin de l'hôpital ; elle
propose des consultations diverses, psychologiques,
somatiques, psychiatriques mais aussi des évaluations
scolaires, des entretiens éducatifs et
sociaux, tout comme un point d'accès aux
droits. Ce lieu d'accueil inclut une fibre sociale
et culturelle : plusieurs types de suivis sont
organisés, individuels, familiaux, transculturels,
ainsi que des groupes d'activité de trois
à sept adolescents sur divers thèmes
: le psychodrame, la musique, l'approche corporelle,
etc. Cette structure s'est rapidement avérée
un lieu utile au cur de ce département
de Seine-Saint-Denis qui se caractérise
par une population jeune. Ici plus qu'ailleurs
les psychiatres et pédopshychiatres sont
de moins en moins nombreux. Résultat :
la Maison accueille les jeunes au rythme de cinq
cents par an.
Risques multiples
Les jeunes qui viennent consulter à "
Casita " sont souvent en situation psychologique,
sociale et économique difficile, à
l'image là encore de ce département,
l'un des plus pauvres de France. Les jeunes de
moins de 20 ans y sont plus de 28 % contre 19
% à Paris. Le taux de chômage est
particulièrement élevé. Difficultés
de scolarité et de formation, précarité,
violence urbaine, etc., touchent de plein fouet
la population. Nombre d'indicateurs sanitaires
du département sont inquiétants,
en particulier l'augmentation du nombre de cas
de sida déclaré et de tuberculose.
Selon l'Observatoire régional de la santé, " le nombre de décès pour
causes extérieures de traumatismes, empoisonnements
ou suicides qui touchent les jeunes y est plus
important qu'ailleurs ". L'Assistance
publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) précise,
notamment dans un rapport du Haut Comité
de la santé publique sur la souffrance
psychique des adolescents et des jeunes adultes
(février 2000), que certains jeunes présentent
une grande souffrance psychologique associant
des risques multiples tels que des difficultés
scolaires, des plaintes somatiques, des addictions,
des troubles du comportement ou alimentaires,
des conduites à risques. " Il s'agit
bien d'une population à risques sollicitant
de plus en plus les circuits de la santé mentale ", résume un professionnel
de l'équipe de la Maison des adolescents.
Maillage d'infirmières
scolaires
" Casita " accueille donc des jeunes
en mal-être. L'équipe assure une
écoute des jeunes et de leurs familles
au téléphone ou sur place (lire
interview page suivante). Ce centre fonctionne
grâce à un réseau de professionnels
de l'adolescence implanté dans les communes
limitrophes de Bobigny, constitué en 2002,
et intitulé " Adolescents autour d'Avicenne
". Ce réseau réunit les établissements
scolaires, les collectivités (conseil général),
les administrations et services de l'État
(tribunal, protection judiciaire de la jeunesse),
les missions locales d'accueil des jeunes ainsi
que des professionnels de la psychiatrie adulte
et enfant. L'un de ses points forts est le maillage
qu'ont constitué les infirmières
scolaires : soixante-cinq, réparties sur
les communes concernées. Les membres de
ce réseau se fédèrent autour
de la Maison, échangent leurs expériences
et s'enrichissent mutuellement. La Maison des
adolescents est sur un rythme de croisière
de quatre à cinq cents patients suivis.
De toute nature, de toute souffrance. Ils y trouvent
une écoute et un suivi que ne peuvent pas
offrir les structures traditionnelles de soins.
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De Cochin à la Pitié-Salpêtrière, l'éclosion des Maisons de santé pour adolescents
La prise en charge des adolescents est une priorité affichée pour l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) pour la région Ile-de-France. Ce message, réaffirmé lors des inaugurations dernières de " Casita " à Bobigny ou de la Maison de Solenn à Cochin, à Paris (en novembre 2004), s'appuie sur de réelles expériences dans le domaine. D'importants travaux de recherche (Inserm) et différents travaux - dont le rapport du Haut Comité de la santé publique sur la souffrance psychique des adolescents et des jeunes adultes - ont montré la nécessité d'une approche globale, prenant en compte les multiples aspects somatiques, psychologiques et sociaux. Des expériences existent. Certaines, anciennes, comme les prises en charge en hospitalisation à la Pitié-Salpêtrière (service du professeur Mazet) ou à Robert-Debré (service du professeur Mouren-Simeoni). En médecine, en complémentarité des services de spécialité, l'AP-HP a soutenu, dès les années quatre-vingt, le développement du service de médecine de l'adolescent du docteur Alvin à l'hôpital Bicêtre. En 2000 était créé à Jean-Verdier (Seine-Saint-Denis) le même type de service (professeur Gaudelus).
S'adapter aux disponibilités des jeunes
Il est enregistré chaque année, en hospitalisation, plus de vingt mille séjours de jeunes de 12 à 19 ans (vingt mille sept cents en 2003). Plusieurs rapports - dont celui élaboré en 1999 par le groupe de réflexion présidé par le professeur Gérard Lasfargues - insistent sur l'accueil des adolescents. Il est signalé, que ce soit en pédiatrie ou en service adultes, dans les services à orientation chirurgicale (48,5 %) ou de spécialité médicale (51,5 %) il convient de s'assurer que l'organisation et le fonctionnement des services offrent des réponses adaptées aux besoins et aux modes de vie de ces jeunes. Une enquête conduite aux urgences de l'AP-HP, en 1999, a montré que 57,9 % des urgences étaient chirurgicales, 31,2 % étaient médicales, 5,5 % gynéco-obstétricales. Elles concernaient la contraception et les IVG dans 5,1 % des cas. Les urgences pédopsychiatriques étaient repérées dans 0,2 % des cas. Or, bon nombre de ces jeunes (42 %) avaient déjà consulté aux urgences depuis un an et 50,4 % avaient vu un médecin dans le mois précédant l'étude. Enfin, aux urgences médico-judiciaires, dix mille jeunes âgés de 13 à 20 ans ont été suivis en 1998.
Dans le réseau AP-HP, outre Avicenne (Bobigny) et Cochin (Paris), on trouve des structures voisines à la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e), Bicêtre (Val-de-Marne), Robert-Debré (Paris 19e). L'AP-HP soutient également l'Espace santé-jeunes de l'Hôtel-Dieu (Paris 4e), ouvert en 1998, l'espace Plein Ciel à Necker-Enfants malades (Paris 15e) et le Salon des adolescents à Armand-Trousseau (Paris 12e).
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