sommaire n° 376
 
rubrique "qualité de vie"

Seine-Saint-Denis : une Maison à l'écoute des souffrances des jeunes

 
 

Inaugurée fin 2004, la Maison des adolescents de Bobigny est un lieu d'accueil et de soins pour les jeunes de 12 à 21 ans. Les jeunes qui en franchissent la porte peuvent bénéficier de consultations immédiates et gratuites. Professionnels de la santé et du social - médecins psychiatres, infirmières, assistantes sociales - y travaillent en réseau, dans un département présentant des indicateurs sanitaires préoccupants.

     
Denis Dangaix
Journaliste.
 

C'est une maison orange où l'on vient à pied. Le Centre d'accueil de soins et d'interventions thérapeutiques pour adolescents (Casita), plus communément appelé la Maison des adolescents d'Avicenne, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), est situé dans l'enceinte de l'hôpital du même nom. C'est un pavillon aisément accessible, convivial et qui tranche avec l'ambiance hospitalière traditionnelle. Ouverte en octobre 2004 et dirigée par le professeur Marie-Rose Moro, chef du service psychopathologie d'Avicenne, la Maison accueille des adolescents et jeunes adultes de 12 à 21 ans, habitant à Bobigny ou dans les communes limitrophes. Une expérience originale d'écoute et de suivi psychologique. L'accueil s'effectue dans une ambiance musicale et des bandes dessinées sont à portée de main. L'endroit est chaleureux même si le cadre est un peu désuet : " Certains ados commencent par dire que c'est moche et que cela ressemble à une maison de retraite, puis il y prêtent moins attention ", relate le docteur Benoît Dutray, jeune pédopsychiatre, coordinateur du lieu. Le visiteur se sent en tout cas en dehors de l'institution hospitalière. " L'accès indépendant sur la ville permet d'accueillir des patients que la structure hospitalière rebute ", confirme un membre de l'équipe d'accueil. Avicenne s'est inspirée d'une autre Maison des adolescents, celle du Havre, qui ressemble à toute autre maison dans la ville ; d'où l'installation dans ce pavillon.


Lieu d'accueil et de suivi

La Maison est à la fois un lieu d'accueil, de consultations et de soins. " Nous sommes ici dans un service ambulatoire et il n'y a donc pas de lits. L'équipe d'accueil et de soins est pluridisciplinaire ", poursuit ce professionnel. Elle est constituée de médecins psychiatres et pédiatres, de psychologues, d'infirmières mais aussi d'éducateurs spécialisés, d'assistantes sociales, de juristes, soit au total une quinzaine d'intervenants. La Maison travaille en lien avec le service de consultation voisin de l'hôpital ; elle propose des consultations diverses, psychologiques, somatiques, psychiatriques mais aussi des évaluations scolaires, des entretiens éducatifs et sociaux, tout comme un point d'accès aux droits. Ce lieu d'accueil inclut une fibre sociale et culturelle : plusieurs types de suivis sont organisés, individuels, familiaux, transculturels, ainsi que des groupes d'activité de trois à sept adolescents sur divers thèmes : le psychodrame, la musique, l'approche corporelle, etc. Cette structure s'est rapidement avérée un lieu utile au cœur de ce département de Seine-Saint-Denis qui se caractérise par une population jeune. Ici plus qu'ailleurs les psychiatres et pédopshychiatres sont de moins en moins nombreux. Résultat : la Maison accueille les jeunes au rythme de cinq cents par an.


Risques multiples

Les jeunes qui viennent consulter à " Casita " sont souvent en situation psychologique, sociale et économique difficile, à l'image là encore de ce département, l'un des plus pauvres de France. Les jeunes de moins de 20 ans y sont plus de 28 % contre 19 % à Paris. Le taux de chômage est particulièrement élevé. Difficultés de scolarité et de formation, précarité, violence urbaine, etc., touchent de plein fouet la population. Nombre d'indicateurs sanitaires du département sont inquiétants, en particulier l'augmentation du nombre de cas de sida déclaré et de tuberculose. Selon l'Observatoire régional de la santé, " le nombre de décès pour causes extérieures de traumatismes, empoisonnements ou suicides qui touchent les jeunes y est plus important qu'ailleurs ". L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) précise, notamment dans un rapport du Haut Comité de la santé publique sur la souffrance psychique des adolescents et des jeunes adultes (février 2000), que certains jeunes présentent une grande souffrance psychologique associant des risques multiples tels que des difficultés scolaires, des plaintes somatiques, des addictions, des troubles du comportement ou alimentaires, des conduites à risques. " Il s'agit bien d'une population à risques sollicitant de plus en plus les circuits de la santé mentale ", résume un professionnel de l'équipe de la Maison des adolescents.


Maillage d'infirmières scolaires

" Casita " accueille donc des jeunes en mal-être. L'équipe assure une écoute des jeunes et de leurs familles au téléphone ou sur place (lire interview page suivante). Ce centre fonctionne grâce à un réseau de professionnels de l'adolescence implanté dans les communes limitrophes de Bobigny, constitué en 2002, et intitulé " Adolescents autour d'Avicenne ". Ce réseau réunit les établissements scolaires, les collectivités (conseil général), les administrations et services de l'État (tribunal, protection judiciaire de la jeunesse), les missions locales d'accueil des jeunes ainsi que des professionnels de la psychiatrie adulte et enfant. L'un de ses points forts est le maillage qu'ont constitué les infirmières scolaires : soixante-cinq, réparties sur les communes concernées. Les membres de ce réseau se fédèrent autour de la Maison, échangent leurs expériences et s'enrichissent mutuellement. La Maison des adolescents est sur un rythme de croisière de quatre à cinq cents patients suivis. De toute nature, de toute souffrance. Ils y trouvent une écoute et un suivi que ne peuvent pas offrir les structures traditionnelles de soins.

 
 

C/O Maison des adolescents-Casita.
125, rue de Stalingrad 93009 Bobigny.
Consultation d'accueil gratuite :
Tél. : 01 48 95 73 02
Consultation multidisciplinaire :
Tél. : 01 48 95 73 01
Jours et heures d'ouverture : lundi de 15 h à 19 h, mardi, jeudi, vendredi de 14 h à 19 h, mercredi de 11 h à 19 h.

 
 


 
 

De Cochin à la Pitié-Salpêtrière, l'éclosion des Maisons de santé pour adolescents

La prise en charge des adolescents est une priorité affichée pour l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) pour la région Ile-de-France. Ce message, réaffirmé lors des inaugurations dernières de " Casita " à Bobigny ou de la Maison de Solenn à Cochin, à Paris (en novembre 2004), s'appuie sur de réelles expériences dans le domaine. D'importants travaux de recherche (Inserm) et différents travaux - dont le rapport du Haut Comité de la santé publique sur la souffrance psychique des adolescents et des jeunes adultes - ont montré la nécessité d'une approche globale, prenant en compte les multiples aspects somatiques, psychologiques et sociaux. Des expériences existent. Certaines, anciennes, comme les prises en charge en hospitalisation à la Pitié-Salpêtrière (service du professeur Mazet) ou à Robert-Debré (service du professeur Mouren-Simeoni). En médecine, en complémentarité des services de spécialité, l'AP-HP a soutenu, dès les années quatre-vingt, le développement du service de médecine de l'adolescent du docteur Alvin à l'hôpital Bicêtre. En 2000 était créé à Jean-Verdier (Seine-Saint-Denis) le même type de service (professeur Gaudelus).

S'adapter aux disponibilités des jeunes

Il est enregistré chaque année, en hospitalisation, plus de vingt mille séjours de jeunes de 12 à 19 ans (vingt mille sept cents en 2003). Plusieurs rapports - dont celui élaboré en 1999 par le groupe de réflexion présidé par le professeur Gérard Lasfargues - insistent sur l'accueil des adolescents. Il est signalé, que ce soit en pédiatrie ou en service adultes, dans les services à orientation chirurgicale (48,5 %) ou de spécialité médicale (51,5 %) il convient de s'assurer que l'organisation et le fonctionnement des services offrent des réponses adaptées aux besoins et aux modes de vie de ces jeunes. Une enquête conduite aux urgences de l'AP-HP, en 1999, a montré que 57,9 % des urgences étaient chirurgicales, 31,2 % étaient médicales, 5,5 % gynéco-obstétricales. Elles concernaient la contraception et les IVG dans 5,1 % des cas. Les urgences pédopsychiatriques étaient repérées dans 0,2 % des cas. Or, bon nombre de ces jeunes (42 %) avaient déjà consulté aux urgences depuis un an et 50,4 % avaient vu un médecin dans le mois précédant l'étude. Enfin, aux urgences médico-judiciaires, dix mille jeunes âgés de 13 à 20 ans ont été suivis en 1998.

Dans le réseau AP-HP, outre Avicenne (Bobigny) et Cochin (Paris), on trouve des structures voisines à la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e), Bicêtre (Val-de-Marne), Robert-Debré (Paris 19e). L'AP-HP soutient également l'Espace santé-jeunes de l'Hôtel-Dieu (Paris 4e), ouvert en 1998, l'espace Plein Ciel à Necker-Enfants malades (Paris 15e) et le Salon des adolescents à Armand-Trousseau (Paris 12e).

 
 

 

 

 
LA SANTÉ DE L'HOMME 376 | MARS/AVRIL 2005 | Page 4-5
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