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Quelques évolutions des déterminants des comportements de santé des Français et de leur perception des comportements à risque pour la santé
10-02-2012
Parmi les résultats importants obtenus au fil des Baromètres santé, on peut noter que la population se déclare mieux informée sur les principales questions de santé qu’au début des années 2000, en particulier sur l’alcool, le tabac ou le cannabis. Or les tendances de consommation de ces substances montrent des évolutions plutôt favorables sur les deux dernières décennies, avec une baisse très nette des consommations régulières de boissons alcoolisées et de cigarettes, ainsi qu’une certaine stagnation de l’usage de cannabis après une période de forte hausse au cours des années 1990. Entre 2005 et 2010, une reprise du tabagisme, notamment parmi les femmes de 45-65 ans, a toutefois suscité l’inquiétude de l’ensemble des acteurs engagés dans la lutte contre le tabagisme. La très forte progression depuis 2000 du recours au test de dépistage du cancer colorectal, et le maintien d’un niveau élevé d’utilisation du préservatif lors du premier rapport sexuel peuvent aussi être soulignés. En revanche, en 2010, 0,3 % des hommes et 0,7 % des femmes ont effectué une tentative de suicide au cours de l’année, ce qui constitue une tendance à la hausse par rapport à 2005. Certaines idées reçues se sont aussi trouvées mise à mal par les résultats des Baromètres, comme celle selon laquelle les étudiants consommeraient plus de drogues que les autres jeunes du même âge ou encore que l’expérimentation de la cocaïne serait plus courante dans certains milieux sociaux (le Baromètre santé montre que ce produit s’est diffusé dans l’ensemble des catégories socioéconomiques).
À travers le suivi des indicateurs de l’activité sexuelle et des pratiques préventives engagées autour de cette pratique, le Baromètre santé 2005 illustre la complexité d’évolutions marquées à la fois par la permanence de certains phénomènes (âge au premier rapport sexuel et couverture contraceptive médicale très élevée) et par l’adoption rapide de nouveaux comportements de prévention (préservatif au début des années 1990 et contraception d’urgence plus récemment). Ces changements récents confirment l’efficacité des campagnes de prévention qui ont contribué à généraliser l’utilisation du préservatif en début de vie sexuelle. La nouvelle disponibilité de la contraception d’urgence sans prescription et gratuite pour les mineures semble également avoir eu un impact significatif sur son recours. Parmi les femmes âgées de 15 à 54 ans ayant déjà eu des rapports sexuels, le recours à cette contraception au cours de la vie est passé de 8,0 % en 2000 à 13,7 % en 2005. Cette augmentation apparaît particulièrement marquée chez les 15-24 ans. Cela est particulièrement vrai chez les plus jeunes sans pour autant modifier les pratiques de contraception régulière puisque son utilisation fait majoritairement suite à une erreur d’utilisation dans la contraception habituelle. Ces résultats doivent être relativisés par les inégalités des pratiques préventives observées selon le milieu social, qu’il s’agisse de l’utilisation du préservatif au premier rapport ou de médicalisation de la contraception, moins élevées parmi les femmes les moins favorisées socialement.
Les résultats mettent en évidence des disparités parfois importantes au sein de la population, pointant parfois les groupes en situation de vulnérabilité ou en rupture : les personnes en situation d’emploi précaire ou de chômage qui présentent des prévalences de dépression caractérisée et de pensées suicidaires particulièrement élevées, mais aussi par exemple des jeunes filles dont on a pu mesurer, grâce à l’échelle de Duke, une qualité de vie particulièrement basse. L’exposition au risque de grossesse non désirée et de transmission d’une infection sexuellement transmissible (IST) apparaît également plus fréquente dans les milieux les moins favorisés. Toutefois, la forte hausse entre 2000 et 2005 du pourcentage de mammographies effectuées, dans le cadre du dépistage organisé, par les femmes ayant les revenus les plus modestes est un signe encourageant, preuve que la question des inégalités de santé peut être prise en compte avec un certain succès.
Du point de vue des risques perçus, les Baromètres santé ont permis de montrer que les personnes qui ont des comportements délétères en matière de santé sont plus enclines à rejeter ou relativiser les messages préventifs en mettant à distance le risque, de tels mécanismes défensifs ayant notamment été observés pour le tabagisme. Le déni du risque ne reflète pas forcément un manque d’information, mais s’apparente aussi à une construction intellectuelle qui donne de la cohérence aux conduites. Ainsi la prévention ne doit pas sous-estimer l’aptitude des fumeurs à maintenir leur déni du risque tabagique.
Concernant l’alcool, 89 % de la population se déclare bien informée sur ses effets sur la santé en 2010. La perception du risque alcool est moins nette parmi les moins diplômés et les plus gros consommateurs d’alcool. Toutefois, il existe une tendance à minimiser les risques associés à l’alcool, dans la mesure où, pour 56 % des enquêtés, boire de l’alcool ne provoque le cancer que si l’on boit beaucoup et sur la durée. En outre, la moitié des Français soulignent que certaines personnes peuvent boire beaucoup d’alcool toute leur vie sans jamais en tomber malade. Au total, les trois quarts des enquêtés se disent d’accord avec au moins l’une de ces deux opinions, qui minimisent les risques associés à l’alcool.
D’autres risques se trouvent aussi fréquemment relativisés : plus des deux tiers des Français jugent que boire des sodas ou manger des hamburgers est aussi mauvais pour la santé que de boire de l'alcool, et plus de la moitié estiment que la pollution provoque plus de cancers que l'alcool. De même, pour un quart d’entre eux, boire de l’alcool est mauvais pour la santé seulement en cas d’ivresse ; tandis que 85 % jugent que le principal risque avec l'alcool, ce sont les accidents de la route et la violence. Enfin, pour 59 %, boire un peu de vin est meilleur pour la santé que ne pas en boire du tout et pour 51 %, ce sont surtout les alcools forts qui sont dangereux. Ces opinions qui renvoient à une relativisation des effets de l’alcool sur la santé sont associées à une moindre perception des effets cancérigènes de l’alcool. Elles sont davantage défendues par les buveurs quotidiens.
